L'Eurovision, le Portugal et... l'Italie

Voilà, depuis deux ans, mes belettes (ado et pré-ado) et moi passons un moment familial devant le programme de l'Eurovision, en commentant les prestations, en râlant sur certaines, en s'extasiant sur d'autres. Cette année, le concours se déroulait au Portugal, pays que nous avions visité deux semaines plus tôt et c'était vraiment super de retrouver des images vues en vrai, quelques jours plus tôt. Cette année donc, les prestas ont été très correctes, trop portées sur la langue de Shakespeare (je n'ai rien contre l'anglais mais je trouve que la pluralité des langues fait notre force et notre richesse. Et que parler tous d'une même voix, c'est bien mais on en oublie notre singularité). Tout cela pour vous dire, que l'ultime chanson présentée, représentant l'Italie, m'a laissée sans voix - au point d'arrêter de bosser-. J'ai été super émue de la voir, de l'entendre, d'apprécier la force et la rage contenue et de tous ces mots qui défilent dans les différents idiomes européens avec un message fort, symbolisant notre courage et notre impuissance. Une troisième place au concours et un énorme bravo à nos voisins si proches de cœur : 
                    Non Mi Avete Fatto Niente -  Ermal Meta e Fabrizio Moro

La Photo du mois #38 : Made in Japan

Le thème du mois fut choisi par Mirovinben qui  l'illustre ainsi : "Technologie, gastronomie, art de vivre, croyances, loisirs, littérature, multimédia... Quelque chose venant du Japon." 

Je n'ai pas eu besoin de l'aide pour me pencher de façon très sérieuse sur la question. J'ai un temps pensé à la nourriture mais n'ayant pas trouvé de restaurant adéquat sur mon lieu de passage, je suis revenue à mes premières amours : la lecture. Et ma nouvelle bibliothèque s'est chargée du reste. Trop facile ! me direz-vous ? En ce moment, je fais avec les moyens du bord et je vous embrasse !
Pour celles et ceux qui ne voient pas de lien avec le thème, les mangas sont les BD japonaises qui font un tabac chez nos ados et les adultes aussi. Et je n'ai pas encore lu les photographiées.

Et chez mes japonicopains du mois :

L'inconnue du bar - Jonathan Kellerman ***

L'inconnue du bar est un polar très simple à lire, pas prise de tête, idéal pour les vacances ou en cas de disette littéraire. L'histoire est toute simple : Alex Delaware, le narrateur, apprend le meurtre d'une bombe incendiaire qu'il avait repérée quelques heures avant l'heure présumée du crime dans un bar finissant. Débute une enquête pas simple parce que si la demoiselle ne laisse personne insensible, la recherche de son identité s'avère complexe. 

L'inconnue du bar par Kellerman
Image captée du site Babélio

Véritable page-turner, L'inconnue du bar présente un scénario construit aux dialogues sympathiques sans être mièvres ou inutiles. Les deux héros se complètent bien : d'un côté, le flic Milo Sturgis qui sort la grosse artillerie quand il le faut, bon vivant et gentillement railleur ; de l'autre, Alex Delaware, psy de son état, aussi indéchiffrable qu'efficace et disponible. Jonathan Kellerman réussit à nous mener par le bout du nez et à pas lâcher prise. Bien sûr, le hasard fait toujours bien les choses, les rencontres ne se révèlent pas si fortuites que cela. La  bienveillance tarifée apportée à une ancienne rencontre professionnelle va être source de retours glauques mais essentiels. 

Sous les bons conseils de mon cher et tendre qui adore les polars pas violents et qui s'avère être un lecteur extrêmement difficile à satisfaire, j'ai tenté la lecture de L'inconnue du bar et je n'ai pas lâché une seconde ledit bouquin. Je ne suis pas sûre qu'il m'en restera grand chose mais en tout cas, le découvrir a résonné en moi puisqu'il m'a rappelé l'émission Affaires sensibles de Fabrice Drouelle sur France Inter intitulée Sugar Daddy, entendue un mois avant. J'avais été aussi happée que retournée par son écoute : si vous lisez L'inconnue du bar, vous comprendrez l'allusion.  

Bref, Jonathan Kellerman est comme un poisson dans l'eau dans cette histoire classique dont il maîtrise le script et l'univers à la lettre : les pépettes, les riches, les Madame Claude et pour  le psyché, un zeste de maladie... mentale ou corporelle. C'est peu inventif mais drôlement efficace, il est fort possible qu'il use là d'un stratagème déjà huilé et rôdé.  
A lire si vous manquez de lecture ou si vous êtes en panne...

Editions Points (parution en mars 2015)

Roman emprunté par mon cher et tendre à la piscine municipale (oui, oui, oui, vous avez bien lu), où les gentils organisateurs mettent à disposition du public dans les vestiaires une caisse à livres à consulter, à remplir ou à vider. Bref, dans cette piscine, on se muscle le cerveau et le corps : mens sana in corpore sano !

Mon frère - Daniel Pennac ****

A propos de son frère Bernard à qui il dédie son livre Mon frère, Daniel Pennac écrit en quatrième de couverture (touchante à l'image de l'oeuvre) : "Je ne sais pas qui j'ai perdu. J'ai perdu le bonheur de sa compagnie, la gratuité de son affection, la sérénité de ses jugements, la complicité de son humour, la paix. J'ai perdu ce qui restait de douceur au monde. Mais qui ai-je perdu ?". 
A défaut de répondre à cette question existentielle, je répliquerai : " Gros. Monsieur Pennac, vous avez perdu gros... vous avez même perdu le gros lot !"
Mon frère par Pennac
Image captée du site Babélio
La surprise de ce roman revient à sa forme : on s'attend à une succession d'anecdotes de ce frangin/fils préféré (dans cette fratrie de quatre garçons touchée par la maladie), la sagesse familiale compilée en un être... qui forcément manque. On se retrouve face à une dualité de personnages : Bernard d'un côté, Bartleby de l'autre (héros un brin autistique de Melville). Les deux B enlacés avec le côté neurasthénique en commun emportent avec eux leur(s) secret(s), notamment celui de leur personnalité complexe. Daniel Pennac tente une comparaison qui s'arrête là où commence l'humanité, l'attention et l'empathie de son aîné pour le reste du monde, ce dont Bartleby est incapable.

D'anecdotes du sieur B., il y en a peu mais elles sont remarquables et dévoilent un être très conscient du monde qui l'entoure, facétieux sous son air sérieux et quelqu'un de profondément humain et intelligent : on n'oubliera pas de sitôt le steak à partager, le salaire indigent, les vols en avion ou bien le touriste allemand. Monsieur Bernard, personnage taiseux, ne parle qu'à bon escient et ses phrases deviennent des flèches bien lancées. Plus qu'une biographie, Mon frère ressemble davantage à une hagiographie... même si Daniel Pennac n'oublie pas les manques, le mal-être de ce mari si malaimé (doté d'une qualité à l'image de son épousée... amère). 

Et puis, il y a une autre œuvre à (re)découvrir, celle qu'a montée Daniel Pennac, celle qui lui a permis de survivre au deuil : Bartleby le scribe d'Herman Melville
Le romancier français s'efface face à la prose exceptionnelle de l'écrivain américain, renforcée par l'excellente traduction de Pierre Leyris. C'est beau de laisser une telle place : parler de soi et de son travail (l'artiste Pennac ne s'oublie pas), oui mais, apprendre à louer aussi, peut-être à raison car les mots de Melville emportent tout sur leur passage : l'inventivité, l'angoisse distillée, le questionnement, l'absurde... Les extraits filtrés avec parcimonie de Bartleby le scribe (œuvre non lue) ont captivé mon attention et mettent en valeur le reste et en particulier l'image fraternelle.

Alors oui, Daniel Pennac en parlant de son frère a composé une œuvre hybride, un joli roman attachant, un très beau passage à témoin...dont nous sommes les héritiers. Alors merci, monsieur P. !

Éditions Gallimard

Parution en avril 2018

Lu grâce à ma belle-maman à qui j'ai offert un exemplaire de Mon frère et qui, enthousiaste, m'a fortement conseillée de le découvrir !

Et un de plus pour le challenge de Philippe Dester : son en "è" (grâce à frère)

 challenge Lire sous la contrainte

Le Chaudron - Kiyoko Murata **

Eh oui, je continue dans la courtitude des pages (et des notes) : ce n'est pas faute d'y croire, surtout lorsque ledit bouquin (Le Chaudron de Kioyko Murata) a reçu le prix littéraire japonais Akutagawa et l'histoire a été adaptée au cinéma  par Akira Kurosawa (Rhapsodie en août). Face à de tels arguments, en général, je n'attends pas pour me jeter sur le roman. Je l'ai lu en entier (116 pages), il y a des moments très jolis et doux entourés de totale platitude. Bref, en demi-teinte, encore une fois.
Le Chaudron par Murata
Image captée sur le site Babélio
Le temps d'un été, une grand-mère recueille ses quatre petits-enfants quasi-adultes. Il y a quatre cousins que tout rapproche : l'âge, les études, les centres d'intérêt. Un couple fraternel (Tami - l'héroïne - et son cadet Shinjiro), deux singletons (le musicien Tateo, la défrisée Minako). Le huis clos rural se prête aux confidences et aux interférences culinaires, sensorielles, mémorables ou pas.

Au-delà de la thématique de la transmission, Le chaudron est un roman familial où un clan n'a jamais paru aussi divisé en sous-entités (au nombre de treize, un numéro qui a du mal à s'afficher et s'affirmer) éloignées au gré de la géographie ou des mœurs. 

Il y a une vraie douceur dans les confrontations C'est tout le talent de Kiyoto Murata : poser la délicatesse dans l'évocation des anecdotes passées. Chaque secret se distille à l'occasion d'un repas, d'une scène ou d'un souvenir. La hiérarchie familiale se trouve ébranlée et l'aïeule reste en dehors de la conscience des chocs ressentis, et moi avec ! C'est bien là le problème.

A cette légèreté prosaïque affichée, il manque une réelle profondeur : les scènes essentielles suggèrent plus qu'elles ne décrivent et laissent systématiquement un goût d'inachevé : le duel entre Tami et Tateo riche en promesses éclot d'une poussière ; les hérédités ne sont pas menées à leur terme ; les liens entre les aspirants sont dilués, leur âge (autour de 17 ans) est mal défini puisque de par leurs réactions, on a le sentiment d'avoir face à nous des préados voire des enfants (notamment Shinjiro) ; même, l'élément culinaire pourtant mis en avant se révèle sans appétence.
Il manque l'empathie, la sincérité des sentiments et le choc des émotions : le trop de retenue gêne l'adhésion. L'écriture (ou la traduction ou les deux) participe à ce détachement ; même, les échanges épistolaires ou de sûtras ne nourrissent en rien l'histoire et délivrent une écriture plate. Il y a peut-être un facteur culturel indéniable (un choc des civilisations). Pourtant, d'autres auteurs asiatiques ont davantage humanisé leurs personnages. Kiyoto Murata narre des faits indiscutables, sans pathos, et ne s'encombre pas de chichis. Pourtant, c'est l'intrinsèque de l'humain d'être touché. Là, on y voit des ados découvrant des anecdotes hallucinantes au point d'ébranler leur identité et rien n'y fait sous prétexte de sénilité. Pire, deux jours après avoir fermé le livre, il ne me reste que de très vagues souvenirs : c'est mal barré, je vous dis !

Éditions Actes Sud
Traduction de Anne-Yvonne Gouzard

emprunté à la biblio

Le dernier gardien d'Ellis Island - Gaëlle Josse **

J'ai lu ce roman pour trois raisons :
1) sa courtitude (155 pages) : un argument de poids pour moi
2) découvrir la plume de Gaëlle Josse
3) répondre à la contrainte du moment du sieur Philippe (je suis à fond !)

Et là, vous vous dites "Oh, les arguments de ouf pour choisir un bouquin !" Quand certains et certaines vont passer des heures dans une bibliothèque ou une librairie à sélectionner le livre de leurs rêves, je sors des motifs très prosaïques et plutôt terre à terre. En général, cela passe ou ça casse : si cela casse, j'en suis arrivée à arrêter illico presto la lecture, je n'insiste plus et la plupart du temps, je ne chronique pas : mon temps est trop précieux, le nombre d'articles de ce blog se réduit à peau de chagrin mais au moins je ne déverse pas mon fiel suite à l'indigestion d'une trop grande frustration (littéraire, je précise). 
Tout cela pour vous dire que Le dernier gardien d'Ellis Island a été lu en totalité, que je n'ai éprouvé ni plaisir ni exaspération, que si j'avais à résumer en un petit mot l'écriture de l'auteure Gaëlle Josse dans cette œuvre, l'adjectif "clinique" est celui qui conviendrait le mieux ! 
Le dernier gardien d'Ellis Island par Josse
Image captée du site Babélio
Le dernier gardien d'Ellis Island propose l'exploration de neuf jours (du 3 novembre au 11 novembre 1954) du carnet intime de John Mitchell, dernier directeur du centre d'immigration de l'île avant la fermeture de celui-ci.

A partir d'une bibliographie dense quoique non référencée, Gaëlle Josse relate l'histoire de l'humanité, celle qui fuit la guerre, la misère ou la persécution pour un potentiel mieux-être. Sous les traits de ce fonctionnaire pragmatique représenté par la figure de John Mitchell, l'auteure résume les étapes de sélection, la semblante monotonie des cycles et des arrivées, ponctue le récit par l'intervention de personnages désirables et vertueux (Liz, Nella) ou d'autres peut-être plus véniels (Lazzarini, Kavàcs, Sherman) et rend presque attendrissant un sombre salopard oublieux du désir de l'autre avant d'assouvir le sien. 

Nier le style méthodique et efficace de Gaëlle Josse serait pure malhonnêteté intellectuelle. Certaines phrases claquent, certains mots sonnent juste et il y a des réflexions extrêmement retentissantes et touchantes :

page 24 : "... l'exercice d'un pouvoir, d'une autorité, si minime et dérisoire soit-elle, s'accompagne de silence, de solitude et de réserve quant à l'expression des sentiments."

pages 35-36 : "Peut-être cela l'amusait-il, mais je le soupçonnais de suivre avec plus d'attention qu'il ne voulait le laisser paraître l'évolution de mon histoire avec cette jeune sœur (Liz) qu'il adorait. J'ai pris conscience plus tard que cette affection qu'il savait rendre légère et moqueuse recélait en fait une tendresse inquiète. J'avais compris qu'il me faisait confiance en me laissant tourner autour d'elle, mais aussi que notre amitié n'aurait pas résisté aux larmes de Liz si j'en avais été la cause."

page 145 : J'avais omis les accents sur son nom. Il m'en fit le reproche avec douceur et fermeté, et ses mots sont encore présents en moi. Nous n'avons plus rien, monsieur, sinon la certitude de demeurer des exilés jusqu'à notre dernier jour, loin du monde qui nous a vus naître et grandir, loin de notre langue natale. Faut-il encore que vous nous priviez des accents sur notre nom ? Je n'avais pas su quoi répondre, et m'étais contenté de rectifier l'erreur, comme un écolier pris en faute.

L'auteure choisit l'intimité d'un carnet pour décrire une époque révolue mais continuellement sous le feu de l'actualité avec le traitement réservé aux migrants. 

Alors, pourquoi cette si basse note ? Gaëlle Josse le clame parfaitement dans son A propos de... Les personnages annexes ont pris possession de l'intrigue, intervenant dans le récit comme un cheveu sous la soupe, diluant le propos, le rendant moins linéaire. On peut apprécier cette liberté de ton. C'est ce côté fourre-tout qui m'a dérangée. Je n'y ai pas trouvé la construction judicieuse qui s'avère une accumulation d'anecdotes, certaines bien évidemment reliées entre elles, tantôt historiques tantôt oniriques. Bref, cela part dans tous les sens. Le style propret de l'auteure développe un héros peu attachant, des protagonistes qui n'arrivent pas à m'émouvoir. Ce n'est pourtant pas faute de malheurs accumulés. Leur traitement à distance par Gaëlle Josse éloigne toute forme d'émotion, de compassion. La fin est sauvée par une pirouette féerique. Je ne suis pas sûre qu'il me restera de grands souvenirs de cette lecture.
Sincèrement, c'est bien dommage car il y avait matière pour un autre livre, plus fort, avec les mêmes personnages et finalement le même discours mais à l'aide d'une mise en scène mieux travaillée. 
Décevant donc.

Editions Notabilia

emprunté à la biblio

autres avis : Clara, AsphoKathel, Aifelle Zazy, Sylire, Alex et MTG

Et un de plus pour le challenge de Philippe Dester : son en "è" (grâce à dernier)
challenge Lire sous la contrainte

 

Lose yourself - Eminem by Vincent Vinel (The Voice 2017)

Voilà, la période qui s'achève a été particulièrement difficile à vivre. Cela arrive à tout le monde, je ne vais pas m'épancher plus que cela parce que le but n'est pas de plomber l'ambiance. Mais disons que j'ai dû faire face à deux deuils familiaux, deux douleurs. Alors, dans ces moments-là, il y a bien sûr mon petit clan, (mari, louloutes, parents, frères) pour m'accompagner, il y a parfois les livres et là, la musique.
L'extrait musical choisi fait partie de ceux qui m'ont donné de la ressource pour avancer malgré ces temps rudes, parce que le talent, l'énergie et la réinterprétation de haut vol de Lose yourself du chanteur américain Eminem par ce candidat inspiré (Vincent Vinel) me rappellent que le travail ne fait pas le tout, que la vie aussi injuste soit elle, se déguste seconde après seconde, et qu'il ne s'agit pas de repousser à demain, les pensées et les bisous de la journée !

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Image d'Olibac sur Flickr
Vincent Vinel – « Lose Yourself » (Eminem) .

Un énorme merci à Vincent Vinel en espérant qu'il perce dans la musique en trouvant des auteur.e.s et compositeur.rice.s dignes de sa voix, et qu'il continue à faire du bien au cœur des gens (il soulage leurs longs trajets en gares parisiennes où il a coutume de se produire).

Et très belle fête à vous tous !